Prédication de Marc Lennert, le 7 juin 2015

Quelle langue parlez-vous ? Babel ou Pentecôte ?

Chers frères et sœurs,
Vous prenez un être humain et tôt ou tard, …il va se mettre à faire une tour !
Château de sable ou tour d’ivoire, un château en Espagne…

Références bibliques :
– Genèse, chap. 11, v. 1 à 9
– Actes des Apôtres, chap. 2, v. 1 à 13

 

Chers frères et sœurs,

Vous prenez un être humain et tôt ou tard, …il va se mettre à faire une tour !

Château de sable ou tour d’ivoire, un château en Espagne…

Et ce n’est pas qu’une histoire de mecs ( !) puisque « Madame, à sa tour monte ! »

Là où ça se complique, c’est lorsque cet homme ou cette femme n’a pas trouvé de source pour étancher ses manques, des ressources pour vivre avec ses blessures.

Et si cet homme et cette femme se trouve en situation de pouvoir et qu’il ou elle sait, à partir de sa peur, toucher celle des autres, alors il est probable que sa tour ressemble à celle de Babel, la xème du nom, puisque l’Histoire n’a cessé d’en produire (exemple en image de la tour de Babel peinte par Breughel l’Ancien, XVIe siècle).

Si on en reste aux tours visibles, la compétition continue avec un avantage à Dubaï et sa tour Burj Khalifa, 828 mètres. Figurez-vous que l’histoire se répète puisqu’en cliquant sur internet on apprend que ce chef d’œuvre a été construit à la sueur de travailleurs immigrés du Sud Est asiatique payés 4$ la journée.

Mais vous avez raison de me prévenir : internet ne serait-il pas la nouvelle tour de Babel infiniment plus puissante dans ses ramifications et son rayonnement qu’une construction de métal et de fibres de verre…

Décidément, on n’en sort pas facilement des tours de Babel !!!

C’est étrange comme tout à coup ce récit qui a enchanté nos heures d’école du dimanche paraît moins drôle tout à coup…

Le texte de la Genèse dit que le roi (Nemrod) voulait se faire un nom, établir sa renommée.

Quand un humain veut se faire un nom, en général ça craint.

D’autres vont en payer le prix fort.

On apprend que les hommes qui servent le projet parlent tous la même langue… ça me fait penser à une époque où en France on pouvait savoir si un politicien était de droite ou de gauche simplement en l’entendant parler : soit c’était Mitterrand ou Chirac…

Que disent les hommes qui construisent la tour de Babel, littéralement : « briquetons des briques et cuisons en cuisson » (Gen.11, v. 3). Ils sont devenus des exécutant et comme l’a fort bien souligné Marie Balmary, les ouvriers parlent un langage indistinct en « nous », c’est la destruction de la vie provoquée par l’uniformité et la répétition mécanique.

Il est parfois aisé de reconnaître ces fonctionnements, mais c’est quand même souvent beaucoup plus subtil car le but de la construction n’est pas toujours explicite. Je pense à ce livre d’une québécoise, Marie-Claude  Elie-Monin, intitulé « la dictature du bonheur » ou elle dénonce cette quête absolue et totalitaire d’un bonheur parfait à tous prix.

 

Or, Dieu s’en mêle de cette histoire-là… comment s’en mêle-t-il ?

Eh bien, si vous me permettez ce raccourci, il les emmêle.

Dieu remet de la confusion dans ce projet idéal, cette perfection construite et destructrice. Désormais, les constructeurs parlent d’autres langues. Ils doivent donc passer à nouveau par la différence de l’autre, par l’effort d’apprendre et d’écouter. L’autre n’est plus à ma portée directe…

Et comme Dieu ne fait pas les choses à moitié : on a sué et on sue encore dans nos vocabulaire de base, nos dictionnaires, nos tests de langues divers et variés.

Dieu ne fait pas les choses à moitié mais il a aussi, de la suite dans les idées.

C’est que son pouvoir à lui est pleinement au service d’un amour créatif passionné par le jeu de la diversité qu’il vit en lui-même : Père, Fils et Saint-Esprit.

Dieu sait de quoi nous sommes faits pour reprendre un psaume.

Il ne se retient pas après le coup de Babel. Il crée. Il ouvre.

C’est bien ainsi que Luc parle de la Pentecôte, comme un événement nouveau, donné d’en-haut et donc tout autant que la réception des tables de la Loi au mont Horeb ou que la mort du Christ et sa résurrection, profondément troublant à notre intelligence, à nos sens.

Mais l’impact de cette effusion de l’Esprit touche précisément à nouveau la question du langage, c’est à dire ce qui nous fait vivre ensemble.

Je m’arrête là-dessus parce qu’il me semble qu’on a peu parlé de cette dimension de l’Esprit. On connaît l’Esprit consolateur, le Paraclet, le défenseur ou on invoque l’Esprit pour qu’il ouvre notre compréhension (la prière d’illumination) ou qu’il participe à notre partage de la cène.

Mais il y a quelque chose de plus ici qui touche à un enjeu crucial : comment je peux être moi-même, sans me confondre avec l’autre, ou réduire l’autre à ce que je pense (c’est la tentation de tous les Babel de nos vies. Une tentation et un peur aussi d’habiter sa différence : « Ainsi disent les constructeurs de Babel, évitons d’être dispersés » Gen. 11, v. 4. Il n’y a pas de pouvoir absolu sans collaboration)

Et en même temps rester dans un lien nourrissant et vital avec l’autre.

C’est la question.

Et la construction de la tour de Babel est une mauvaise réponse à une bonne question. Dieu a entendu le risque de Babel mais aussi l’aspiration légitime au cœur de l’humain d’une vie de communion.

Pentecôte tient ensemble ces deux dimensions.

La dimension personnelle et intime : une langue de feu se dépose sur chacune des personnes présentes (cf. l’icône)

La dimension communautaire, puisque cette expérience intime se communique, peut-être comprise, saisie par d’autres au-delà de sa culture.

« Le plus intime est aussi le plus universel ».

L’apôtre Paul est tout aussi affirmatif lorsqu’il écrit aux Corinthiens : «  Vous savez sûrement que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous. » (1 Cor, 3, v. 16).

Il y a en nous plus que nous-mêmes, plus qu’une simple opinion, une de plus et cela nous rend extrêmement précieux, je crois, les uns aux autres.

C’est pourquoi l’écoute ne doit pas être une simple forme de politesse en Eglise parce que d’elle, dépendent notre énergie, notre richesse et tout notre savoir.

Alors que les ouvriers de Babel ne pouvaient que répéter voire ânonner, les participants de Pentecôte disent « les merveilles de Dieu » (Actes 2, v. 11).

 

Quelle langue parlons-nous ? Babel ou Pentecôte … ?

Je rêve d’une Eglise qui sache avant tout, honorer, celles et ceux qui la composent.

Je rêve d’une Eglise qui pratique une écologie spirituelle en s’attachant à la diversité et en en tirant sa fierté.

Je rêve d’une Eglise qui sorte de la peur qu’elle s’impose et impose aux autres,

Oui, je rêve d’une Eglise où le mot « incompatible » serait banni du vocabulaire.-Amen.

 

Pasteur Marc Lennert
Eglise Evangélique Réformée du Canton de Vaud
Corcelles, le 6 juin 2015

 

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