Appelés à la liberté – Prédication de Gérard Pella

Appelés à la liberté

« C’est à la liberté que vous avez été appelés » (Galates 5 ,13)

Fantastique cet appel à la liberté !

« Tenez donc ferme dit l’apôtre Paul, et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage » (Galates 5 ,1)

Fantastique !

« Appelés à la liberté » : voilà l’Evangile !

Je ne suis pas sûr que ce soit l’appel des autres religions… Quand j’entends des mots comme soumission, détachement, obéissance.

Je ne suis pas sûr non plus que ce soit l’appel des Eglises…

Ici à St-laurent Eglise, est-ce que vous vous sentez appelés à la liberté par notre Eglise ?

Je ne veux pas attirer des ennuis à mes collègues en parlant de votre situation. C’est le signe que notre liberté d’expression n’est pas complète.

En ce moment, dans l’eerv, nous sommes appelés à la loyauté… mais pas à la liberté.

Et loyauté veut dire ici : se soumettre aux options prises par les responsables.

 

« C’est à la liberté que vous avez été appelés » nous dit l’apôtre Paul. « Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair » (v.13).

C’est vrai : la liberté ne doit pas devenir un prétexte à dire et à faire n’importe quoi, sans se soucier des conséquences pour les autres.

Charlie Hebdo nous en offre un exemple saisissant.

Nous sommes tous pour la liberté d’expression. Mais la façon de faire de Charlie Hebdo est une caricature de la liberté :

ridiculiser ce qui est sacré pour l’autre, est-ce encore de la liberté ?

N’est-ce pas devenu de l’irrespect ?

Persister dans les caricatures en fermant les yeux sur les conséquences que des innocents vont devoir subir, est-ce encore de la liberté ?

« Selon la police nationale nigérienne, 45 églises ont été incendiées samedi 17 janvier 2015 à Niamey, durant des manifestations contre la caricature de Mahomet publiée par Charlie Hebdo. 5 morts et 128 blessés ». (Jeuneafrique.com)

5 morts et 128 blessés seulement au Niger.

Je ne suis pas là pour faire le procès de Charlie Hebdo, mais je trouve que c’est une bonne illustration de ce qu’on pourrait appeler « les effets collatéraux de nos excès de liberté… » Faire ce que je veux sans me soucier des conséquences pour les autres, c’est ce que Paul appelle « vivre selon la chair ».

 

« C’est à la liberté que vous avez été appelés.

Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair.

Mais, par amour, mettez-vous au service des uns des autres. » (v.13)

Tout cela en un seul verset ! C’est génial !

« Par amour, mettez-vous au service des uns des autres ». Cela va nettement plus loin que la célèbre formule de John Stuart Mill :

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».

C’est vrai, c’est juste mais c’est un peu restrictif : ma liberté s’arrête…

Paul est nettement plus positif :

Vous êtes appelés à la vraie liberté, celle qui permet d’aimer mieux, celle qui vous amène à faire librement le choix de servir l’autre. La liberté est un slogan, une caricature, une coquille vide si elle n’est pas habitée par l’amour.

St-Augustin l’a dit de manière magistrale :

« Aime et fais ce que tu veux ». C’est l’amour qui donne son sens à la liberté.

Luther aussi l’a magnifiquement exprimé dans son livre intitulé « De la liberté du chrétien » (1520) :

« Pour que nous puissions bien connaître ce qu’est un chrétien et savoir ce qu’il en est de la liberté que le Christ lui a acquise et donnée et dont St-Paul parle abondamment, je veux poser ces deux thèses :

  • le chrétien est un libre seigneur sur toutes choses et il n’est soumis à personne,
  • le chrétien est un serviteur obéissant en toutes choses et il est soumis à tout un chacun. » (§1)

Pour Luther, le chrétien est libre de tout par la foi. Et il l’a démontré en étant capable de s’opposer au Pape comme à l’Empereur.

Mais par l’amour, il choisit de se faire serviteur de tous.

Voilà la véritable liberté :

Par la foi, au-dessus de tout.

Par l’amour, au service de tous.

 

J’aimerais tenter de faire avec vous un pas de plus à propos de la liberté.

J’ai cru pendant très longtemps que ma liberté était rendue possible par mes choix :

Je suis libre, donc je choisis…

Je choisis, donc je suis libre…

Pas vrai ?

Mais c’est un peu superficiel :

Est-ce que mes choix sont si libres que cela ?

Quand j’entends la psychologie qui montre à quel point mes choix sont conditionnés par mon vécu, mes parents, mes blessures, mes peurs, mes besoins, etc. est-ce que mes choix sont si libres que je le crois ?

Quand j’entends la sociologie qui montre à quel point mes choix sont conditionnés par mon milieu, ma culture, mon époque, sans parler de la publicité, est-ce que mes choix sont vraiment libres ?

Inspiré par l’Esprit de Dieu, Paul voit plus clair et plus profond :

Il n’enracine pas notre liberté dans nos choix quand il dit :

« Vous avez été appelés à la liberté ».

C’est l’appel de Dieu qui nous met en liberté,

qui nous fait sortir du répétitif, du cycle des peurs et des désirs de la nature humaine.

Pensez à Abraham : c’est l’appel de Dieu « Va vers le pays que je te montrerai » qui lui permet de quitter son pays, sa famille et la maison de son père pour être bénédiction. C’est par l’appel de Dieu qu’il peut quitter le connu.

Pensez à l’apôtre Paul qui était tellement formaté par son instruction religieuse qu’il assassinait lui aussi les blasphémateurs, pas avec des kalachnikovs mais avec des pierres. C’est l’appel du Christ qui lui permet de quitter cet enfermement fanatique et de découvrir l’Evangile.

Pensez à la conversion : elle n’est pas le résultat d’une étude savante des arguments pour ou contre. Elle est la réponse libre à un appel qui vient de plus profond, l’appel de l’Esprit. C’est l’appel qui rend possible la réponse !

Pensez à ces appels intérieurs qui nous poussent à dire ou à faire telle ou telle chose, petite ou grande : un coup de téléphone, une démarche, une prise de position.

L’apôtre Paul y voit l’œuvre de l’Esprit Saint :

« Ecoutez-moi, dit-il dans ce même chapitre 5 des Galates. Ecoutez-moi… marchez sous l’impulsion de l’Esprit (TOB) ou marchez par l’Esprit et vous n’accomplirez plus ce que la chair désire ».

La chair c’est la nature humaine laissée à elle-même, prisonnière de ses peurs et de ses désirs.

 

En conclusion, j’aimerais illustrer les 3 façons de vivre qui sont esquissées dans l’épître aux Galates :

  1. On peut vivre sous la loi.

Cela ressemble à un train. Il faut que tout le monde parte en même temps et suive le même trajet.
C’est puissant un train. Rien ne peut l’arrêter.
C’est puissant, toute une population qui s’arrête en même temps pour prier.
C’est puissant, une église où tout le monde pense la même chose.
Mais c’est terriblement contraignant et cela ne permet aucune souplesse. Le malheureux qui se trouve sur les voies sera impitoyablement écrasé.

  1. On peut vivre selon la chair. C’est l’autre extrême.
    Cela ressemble à la voiture individuelle : je fais ce que je veux, je vais où je veux et quand je veux.
    C’est extrêmement commode… mais terriblement polluant !

Pas seulement pour l’entourage ; pour celui qui vit comme cela aussi. Paul nous donne une liste impressionnante de ce qu’il appelle « les œuvres de la chair » (voir vv. 19-21).

  1. Paul nous appelle à vivre selon l’Esprit. A quel moyen de communication pourrions-nous comparer cette façon de vivre ?
    Au trolleybus ! J’ai bien connu les trolleybus quand j’allais à l’école. Le trolleybus est beaucoup plus souple qu’un train. Il peut éviter le chat ou le piéton qui se trouve sur sa route. S’il le faut, il peut même baisser les trolleys et il jouit d’une certaine autonomie. Mais il sait que toute son énergie lui vient d’en-haut.

Vivez selon l’Esprit !

Si je pousse la métaphore à la limite, je dirais que les deux fils directeurs qui  conduisent et alimentent celui qui vit selon l’Esprit, c’est l’amour et l’Esprit, comme l’apôtre Paul vient de nous le rappeler.

Si vous regardez bien, les deux fils sont parallèles :

Si c’est un amour authentique qui nous conduit, il ne peut pas s’opposer à l’Esprit.

Si c’est le Saint-Esprit, le véritable Esprit de l’Evangile, qui nous conduit, il ne va pas contredire l’amour.

Oui, vivez par l’Esprit. Cela produira un fruit fantastique !

 

Vevey, le 8 février 2015. Gérard Pella, pasteur.